Le syndrome du museau blanc

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le syndrome du museau blanc. K. Vanderwolf photoDes chercheurs du Musée du Nouveau-Brunswick, Donald McAlpine, Ph. D., et Karen Vanderwolf, ont découvert le syndrome du museau blanc (SMB) dans la principale grotte du Nouveau-Brunswick connue pour l’hibernation des chauves-souris, dans le comté d’Albert. Le champignon qui se développe sur les animaux pendant l’hibernation a tué au moins 25 % des chauves-souris présentes dans la grotte. Depuis sa découverte pour la première fois en 2006 dans l’État de New York, la maladie s’est répandue dans treize autres États ainsi qu’au Québec et en Ontario, emportant plus d’un million de chauves-souris insectivores. Chez certaines populations, le taux de mortalité est proche de 100 %. C’est la première fois que la maladie est découverte au Nouveau-Brunswick et l’impact de son arrivée dans la province est important.

« Même si nous nous attendions à ce que la maladie fasse son apparition au Nouveau-Brunswick dans les années à venir, ce que nous avons trouvé dans la grotte nous a étonnés, explique M. Donald McAlpine, conservateur chargé de recherches en zoologie au MNB. Nous ne pensions pas que la maladie ferait de tels ravages dès son apparition. » Bien que la maladie ait été observée l’année dernière en Ontario et au Québec, elle n’a pas, jusqu’à présent, causé de mortalité massive parmi les chauves-souris de ces provinces. On ignore encore pourquoi celles du Nouveau-Brunswick sont touchées si durement.

White-nose Syndrome, K. Vanderwolf photo« D’après nos estimations, environ 6000 chauves-souris étaient présentes dans la grotte lors de notre visite du 15 mars 2011, déclare Karen Vanderwolf, une candidate à la maîtrise de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) qui travaille à partir du MNB. Nous en avons trouvé 25 % mortes sur le sol ou dans la neige à l’extérieur. Un nombre inconnu mais considérable d’individus étaient morts ou mourants le long des parois. »

Mme Vanderwolf et M. David Malloch, Ph. D., éminent spécialiste des champignons et associé de recherche au MNB, ont confirmé la présence de la maladie à l’aide de caractéristiques visibles au microscope des structures reproductives du mycète. Des échantillons ont été envoyés au Centre canadien coopératif de la santé de la faune du Collège vétérinaire de l’Atlantique, à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, à l’Université de Guelph ainsi qu’à Agriculture Canada à Ottawa qui, depuis, ont tous confirmé le diagnostic. Le séquençage génétique des échantillons prélevés au Nouveau-Brunswick sur les ailes des chauves-souris montre que le champignon est de la même souche que celle décrite initialement sur les chauves-souris aux États-Unis.

White-nose Syndrome, K. Vanderwolf photoLe MNB joue un rôle de premier plan dans la surveillance de l’apparition du SMB dans les populations de chauves-souris du Nouveau-Brunswick. Au cours des 18 derniers mois, Mme Vanderwolf et son cosuperviseur, M. McAlpine, professeur auxiliaire à l’UNB, ont prélevé des mycètes sur le pelage et la peau des chauves-souris en hibernation dans nos grottes afin de découvrir quels types se développent actuellement sur les chauves-souris du Nouveau-Brunswick et de détecter l’apparition éventuelle du SMB dans la province. Dans le cadre de ses recherches, Mme Vanderwolf a rassemblé les données de référence les plus complètes en Amérique du Nord sur les communautés fongiques déterminées sur des chauves-souris en hibernation avant l'apparition du SMB. Ces données fourniront aux chercheurs de précieux renseignements sur l’effet de la maladie à mesure qu’elle se propage dans la région. M. Graham Forbes, Ph. D., de la faculté de foresterie et de gestion environnementale de l’Université du Nouveau-Brunswick, supervise conjointement le projet aux côtés de M. McAlpine. Les travaux préliminaires qui ont mené à cette découverte ont bénéficié de l’appui du ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, du Fonds de fiducie de la faune du Nouveau-Brunswick, et de la Fédération canadienne de la faune.

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Ces derniers mois, le MNB a examiné toutes les grottes du Nouveau-Brunswick où on sait que des chauves-souris hibernent. À ce jour, le SMB n’a été observé qu’à un seul de ces sites d’hibernation. Étant donné que les chauves-souris quitteront les grottes pour leur habitat d’été dans les six prochaines semaines et qu’il faut plusieurs mois d’incubation avant que le SMB soit observable, on ne devrait pas découvrir cette année d’autres grottes touchées par le syndrome. Dans les prochains mois, les chercheurs du MNB continueront à étudier le champignon, à préserver des spécimens pour le MNB et d’autres collections nationales et internationales et à suivre l’évolution du problème. L’hiver prochain, les grottes d’hibernation seront inspectées à nouveau.

Une étude publiée récemment dans la revue Science prédit que, à cause du SMB, la population nord-est du vespertilion brun ou petite chauve-souris brune – la chauve-souris la plus répandue au Nouveau-Brunswick – s’effondrera jusqu’à l’extinction régionale en l’espace d’une vingtaine d’années. La disparition des chauves-souris victimes du SMB pourrait avoir des conséquences sur l’économie, l’environnement et la santé humaine. Principaux prédateurs des insectes volants nocturnes, les chauves-souris consomment des parasites nuisibles pour les cultures et réduisent ainsi la nécessité d’utiliser des pesticides. Elles mangent aussi des insectes qui présentent des risques pour la santé humaine. Bien qu’il ne soit pas connu, le risque direct du SMB pour la santé humaine semble faible, car l’agent responsable du SMB ne se développe qu’à des températures fraîches, nettement inférieures à celles du corps humain. À ce jour, aucune maladie humaine n’a été mise en relation avec l’exposition aux grottes et chauves-souris touchées par le SMB.

Pour réduire le risque de répandre la maladie en propageant le champignon d’une grotte à un autre site, le ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick (MRN) demande à la population et aux spéléologues amateurs de rester à l’écart des grottes et des mines abandonnées. « Le ministère surveille et étudie la situation en collaboration avec le MNB, déclare Pascal Giasson, un biologiste de la Direction du poisson et de la faune au MRN. Nous demandons la coopération de la population du Nouveau-Brunswick pour limiter les occasions de contamination croisée afin de réduire l’impact de ce champignon. »