17 juin 2016

Le dernier voyage d’une baleine à bec de Sowerby

Par Josiane Cabana (Baleines en direct)
 
Une baleine bec de Sowerby a été signalée au 1-877-7baleine le lundi 13 juin sur la rive à Escuminac en Gaspésie. Les photos transmises dataient toutefois du samedi précédent; entre temps, la baleine avait été emportée par la marée. On croyait donc avoir perdu ce spécimen, une espèce rarissime dans les eaux du Saint-Laurent. Contre toute attente, la baleine a été retrouvée le lendemain sur les berges de Campbellton au Nouveau-Brunswick. Demain samedi, elle servira la science puisqu’elle fera l’objet d’une nécropsie complète. Son squelette sera ajouté à la collection scientifique du Musée du Nouveau-Brunswick.

Les réseaux sociaux sont, dans bien des cas, des sources d’informations appréciables. Un des partenaires d’Urgences Mammifères Marins apportait à l’attention du Centre d’appels lundi après-midi des photos diffusées sur la plateforme Facebook d’une baleine à l’allure particulière. La baleine échouée à Escuminac avait un corps fusiforme et un bec allongé tel un dauphin. Elle a tout de suite été reconnue comme étant de la famille des baleines à bec. Une tache blanche au bec laissait croire qu’il s’agissait de l’espèce « baleine à bec de Sowerby » puisque chez cette espèce, les mâles ont une seule paire de dents qui dépassent à l’extérieur de la bouche. Dans les eaux canadiennes, on pense que la baleine à bec de Sowerby vit principalement dans les eaux profondes (plus de 500 mètres) le long de la pente continentale de la Nouvelle-Écosse jusqu’au détroit de Davis dans l’Atlantique Nord. Les observations sont relativement rares; il est donc difficile de déterminer les profils de répartition de l’espèce. Les données disponibles laissent supposer que les baleines à bec de Sowerby se rassemblent près du chenal nord-est et des canyons de l’est du plateau néo-écossais (le Gully et les canyons Shortland et Haldimand). Ainsi, trouver ce spécimen dans le Saint-Laurent apporte toujours son lot d’excitation! On se souviendra du spécimen trouvé en 2013 à l’Île aux Pommes, dans l’estuaire du Saint-Laurent, qui avait suscité aussi tout un émoi.

L’équipe du 1-877-7baleine a donc déployé des efforts afin de retracer le témoin de cet échouage et souhaitait agir rapidement afin d’aller documenter cette observation exceptionnelle. Après que des bénévoles se soient déplacés sur le site de l’échouage, l’équipe a constaté que la baleine avait été emportée par la marée. Quelques échanges plus tard avec les riverains du coin, il s’est avéré que la baleine était arrivée sur la plage le samedi précédent, sans que personne ne la rapporte.

Les chercheurs et vétérinaires se voyaient bien déçus de n’avoir pu étudier la baleine, inscrite sur la Liste des espèces en péril. Chaque spécimen trouvé peut contribuer aux connaissances sur la biologie et la physiologie de ce mammifère marin méconnu. Contre toute attente, l’équipe du Marine Animal Response Network (MARS), dans les Maritimes, ont reçu un appel le mardi soir comme quoi la carcasse était rendue de l’autre côté de la baie des Chaleurs, soit à Campbellton au Nouveau-Brunswick. Fort heureusement, l’équipe de MARS a réussi à sécuriser la carcasse. Les heures qui ont suivi ont servi à mettre en place le plan d’intervention complexe. Grâce à l’implication du ministère Pêches et Océans Canada, la baleine mâle de 4,8 m a pu finalement être sortie de l’eau, pour être transportée au collège vétérinaire de l’Île du Prince-Édouard, où une nécropsie se fera demain samedi. Puis, le squelette de cette baleine sera ajouté à la collection scientifique du Nouveau-Brunswick. Cette fameuse baleine à bec de Sowerby a aussi son dernier voyage public sur les réseaux sociaux!