8 avril 2016

Le bel héritage de Marie-Hélène Allain

Acadie Nouvelle
Par Sylvie Mousseau

L’héritage se trouve au coeur de la nouvelle exposition de la sculptrice Marie-Hélène Allain au Musée du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean. Jamais ses œuvres n’ont été aussi symboliques.

Imagerie de l’héritière est présentée au Centre d’exposition du MNB jusqu’au 30 octobre. C’est la deuxième fois que l’artiste de Sainte-Marie-de-Kent expose ses œuvres au musée provincial. Elle avait offert Une pierre pour toi en 2000 pour laquelle elle avait remporté un prix Éloize. Seize ans plus tard, elle revient avec une exposition majeure qui réunit trois grands assemblages uniques de pierre, de bois et de métal. Elle y a travaillé pendant trois années. Avant même qu’elle entreprenne la réalisation de ses œuvres, elle a effectué plusieurs recherches, des lectures et a fait une longue réflexion sur le sens de la vie. Elle parle de cette nouvelle collection avec beaucoup de passion.

L’idée lui est venue en lisant le livre d’Antonine Maillet Fais confiance à la mer, elle te portera, sur le parcours de l’écrivaine. Dans cet essai, l’auteure mentionne qu’elle est le personnage principal de tous ses livres. En lisant ce passage, Marie-Hélène Allain s’est reconnue.

«C’est vrai pour tous les artistes, peu importe la discipline. Tu peux l’exprimer par la musique, les images, les gestes, la voix, la danse. Moi mes livres, c’est la pierre parce qu’elle ne m’a jamais laissée», a affirmé l’artiste lorsque l’Acadie Nouvelle l’a rencontrée à sa résidence à Sainte-Marie-de-Kent.

Le thème de l’héritage a surgi par la suite, c’est-à-dire ce que les artistes laissent au monde à travers leurs œuvres.

«Antonine Maillet a fini par passer sa philosophie de la vie à travers son œuvre et c’est ce que nous faisons tous. Nous sommes tous des êtres reliés, sociaux et nous sommes faits pour grandir et pour aller beaucoup plus loin et pour nous entraider. Nous sommes tous éducateurs les uns pour les autres», a poursuivi la sculptrice septuagénaire au regard franc.

Bien que la pierre soit la matière première de son travail, le bois et le métal reviennent souvent. Ses installations qui ont été réalisées avec 11 arbres déracinés, des pierres aux formes et aux couleurs variées et des métaux explorent l’héritage parental et l’évolution de l’humanité. Tout a un sens comme ces livres en pierre posés sur des arbres qui témoignent de ce que chaque adulte peut offrir comme legs.

Une imagination à revendre

La pierre n’a plus de secret pour cette artiste qui l’a sculptée, transportée et assemblée depuis 45 années. La création commence d’abord par des impératifs intérieurs. Elle ne suit pas de mouvement et elle travaille seule dans son atelier. Le commissaire au musée Peter Larocque a souligné la complexité de la symbolique du travail de Marie-Hélène Allain. Chacun des éléments de ses œuvres révèle quelque chose.

«J’ai une variété de pierres comme je n’en ai jamais eu dans la même exposition. Il y a des choses qui sont là à cause des caractéristiques des matériaux, de la forme qu’ils représentent ou à cause de la couleur. Tout ça, c’est symbolique. Il y a des expériences dans la vie qui ont mijoté depuis longtemps, à mon insu plus ou moins, et tout d’un coup ça devient tellement mûr que c’est comme si ça éclatait en une œuvre d’art.»

En choisissant des plaques et des pierres plus petites, l’artiste confie qu’elle voulait donner des vacances à son dos. Les pierres proviennent, entre autres, d’anciennes sculptures et de bâtiments.

L’exposition Imagerie de l’héritière sera en montre au Centre d’exposition du MNB au Market Square à Saint-Jean jusqu’au 30 octobre. En août, Marie-Hélène Allain participera à une table ronde dans le cadre d’un symposium de sculpture de pierre à Saint-Jean. L’exposition sera présentée également en tournée dans l’est du Canada. Les endroits et les dates ne sont pas encore confirmés. L’ancienne professeure de sculpture à Montréal et à Moncton a participé à plus de 50 expositions, dont une vingtaine en solo. Ses œuvres font partie de collections privées et publiques.